Ne pas confondre travail & métier
Ne pas confondre travail et métier
Récemment, un affichage municipal au coeur de ma ville et qui souhaitait interpeller à propos d’un débat autour du métier d’artiste a, comme de nombreux sujets aujourd’hui, soulevé une polémique car il avait présenté la problématique de la façon suivante : artiste, un métier ?
Dans une société où la question « qu’est-ce que tu fais ? » sous-entend immédiatement « quel est ton travail ? » et, plus insidieusement, « quelle est ta position sociale ? » , il est assez compréhensible que l’artiste, ou la personne pour laquelle la valeur travail et argent ne sont pas au centre de son activité, se sente écartée.
En tant qu’auteur, je suis d’ailleurs régulièrement confrontée à la question « est ce que tu en vis ? », une question dont la réponse, je le sens bien, fera de moi un pro ou un amateur, une personne digne d’intérêt ou une personne lambda.
Pourtant, et la confusion vient à mon sens de là, le métier, contrairement au travail, n’implique pas forcément une source de revenus mais une occupation utile à notre développement personnel et à la société. Or, dans un contexte où l’on constate une perte globale de sens par rapport au travail au sein de l’entreprise et où une grande partie de la population est, depuis un an, dédommagée tout en ne pouvant plus effectuer son travail, il me semblerait intéressant de réintroduire et de revaloriser la notion de métier en tant qu’activité productrice de sens et d’autonomie, et non seulement de revenus.
L’exercice de toute activité comporte une part de savoir, de savoir-faire et de savoir-être. Ce qui en fait un métier, c’est une forme de persévérance et de perfectionnement liées à l’intérêt que l’on a pour cette activité, qui, bien sûr, peut aussi être rémunérée.
Le travail lui n’a qu’une seule fin : créer une source de revenus.
Si les deux ne se rencontrent pas toujours au même endroit, il est tout à fait possible, et même recommandé, me semble-t-il, de les faire cohabiter en nourrissant plusieurs activités, lucratives ou non, et en apprenant régulièrement de nouvelles choses.
La valeur travail, même si elle reste encore fortement nourrie par les archétypes, est en train, au travers du chômage de masse et des contraintes sanitaires, de subir une mutation que nous pouvons déjà clairement voir dans l’attitude de nos jeunes qui, dans leurs engagements, ne confondent plus le sens du mot métier avec celui du mot travail. Pluralité des sources de revenus, capacité à rebondir, mobilité, font partie du changement de paradigme qui sera certainement à l’origine d’une mutation du mot « travail », comme l’a connu avant lui le mot « famille ».
Quant à savoir si je vis de mon métier d’artiste, la réponse est non. Écrire et me publier est une source de revenus mais avant tout une source de richesse intellectuelle, de liberté, de plaisir et de rencontres. Ce métier s’inscrit dans mon parcours multiple d’auteure, de praticienne en orientation et de chargée d’enseignement, un parcours auquel je m’attache, en toute humilité, à donner un sens.
