Du rêve à la stratégie

août 10, 2021

N‘avez-vous pas remarqué que nous vivons dans une époque où tout le monde vous demande quel est votre projet ? Question d’autant plus stressante que l’avenir n’a jamais été aussi incertain…

Projet de vie, projet professionnel… Dès la troisième, nos jeunes doivent se projeter dans des choix de matières, avant de plonger dans les méandres de parcours sup… Mais cette obsession du projet ne s’arrête pas à l’orientation. Dans un contexte de mutations profondes du monde du travail, on demande à chaque personne à la recherche d’un emploi, ou à chaque créateur d’entreprise, de définir son projet.

Chaque jour, j’accompagne des jeunes et des entrepreneurs qui, face à la question de leur projet, se trouvent coincés entre des archétypes et des attentes extérieures, comme s’ils avaient à remplir des cases qui ne leur appartiennent pas vraiment.

Pourquoi ce sentiment ? Parce que, le plus souvent, au lieu de construire leur projet, ces personnes commencent par construire un plan d’action. Or, en amont d’un plan d’action, il existe autre chose, ce que moi, en tant que consultante ou chargée d’enseignement, je contribue à faire émerger et à formaliser : le rêve de chacun.

Contrairement à ce que l’on nous fait croire, le rêve n’est pas l’utopie. Le rêve, c’est l’intuition forte que l’on a un projet à réaliser. Or c’est en connectant avec le rêve de chacun que l’on parvient à déterminer le cadre d’un projet qui, ensuite, et ensuite seulement, deviendra un plan d’action partagé avec une équipe.

Rêver à un projet, c’est l’ancrer dans une forme de conviction, une pérennité, malgré les incertitudes du contexte ; c’est percevoir le but général d’une entreprise afin de mieux définir les actions à mener pour la faire naître ; c’est identifier le besoin auquel on veut répondre. C’est tout simplement donner un sens à la fois économique, sociétal, et personnel à son projet.

Or je trouve assez dommage et dangereux que les entreprises ou les organisations réduisent le projet à un pilotage d’actions dicté par des personnes qui ne sont pas ( ou plus) habitées par le rêve qui l’a fait naître.

Dans cette optique, la vraie mission du praticien en orientation n’est-elle pas moins de veiller à ce qu’une liste d’actions soit mise en œuvre, que de veiller à ce qu’elles aient toujours un sens par rapport au rêve initial du jeune ou de l’adulte, et de les réajuster, si nécessaire, afin que le projet continue à fédérer dans un contexte mouvant ? C’est en tous cas ainsi que je conçois ma mission et que je me mets au service des personnes que j’accompagne dans leur orientation.